LE FEUILLETON QUI PUE

Publié le par flyingsardine

C'est quoi ce truc?

Depuis cinq ans à peu près,nous avons créé un petit fanzine avec 2 amis, Le Déprimate(s),que nous avons finalement récupéré pour notre asso Artoukon, le lien est sur le côté).
Il paraît à peu près tous les 3ou 4 mois.

C'est pour nous l'occasion de rigoler, de raconter des bêtises et aussi des choses moins bêtes!
Nous écrivons dans chaque numéro un "feuilleton".
Je vais vous présenter ici dans son intégralité notre premier feuilleton, le feuilleton qui pue, qui sent mauvais, qui fût....

C'est l'histoire d'une meuf.............


                  






 









Episode1




                                              

    Annick sortait ses poubelles. Le crachin déposait sur chaque chose comme
 un feuillet légèrement humide.

     "Heureusement que j'ai pensé à protéger ma mise en plis" pensa t-elle. C'est alors qu'elle entendit la sirène des pompiers retentir et qu'elle fut
aveuglée par des gyrophares.
    Après il y eut comme une pause dans sa tête, un blanc. A présent les gendarmes l'assaillaient de questions:
    " Avez vous des ennemis,"
    
"Est ce que vous vous droguez"
    " Avez vous une idée de qui a pu mettre le feu à votre appartement"
    "Quelle marque de sacs poubelle utilisez vous"

     Puis vint le cérémonial du "veuillez décliner votre identité".

  Je m'appelle Annick,Annick Tamer. .Je suis née le 01-04-65 à Moncuq sur Tafasse.
    Ce fut comme un électrochoc dans sa vie morne et sans goût. A présent, tout allait être différent.
  Un des gendarmes prit la parole, le plus gradé, - du moins en apparence- . En out cas ce qui crevait les yeux, et sur quoi il n'y avait aucun doute, c’est que
c'était le plus dégradé :
    " C'est bien ce que je pensais! vu que vous êtes le seul témoin, et qu'il n'y a personne d'autre à interpeller, qu'il est déjà 10 heures, qu'on est mardi et que ma femme m'a préparé un couscous et un flan vanille, et que je n'est pas envie de rater ça, et que, de plus je suis en vacances à la fin de la semaine, j'ai tout mon matos à préparer: bob Ricard, short, boules de pétanques etc....il est grand temps que je parte, je suis crevé moi!!! Vous connaissez peut-être le camping des Flots Bleus à Beurk sur mer ? C’est vraiment super! Tiens pendant que j'y pense faut pas que j'oublie d'appeler Robert qu'il emmène son DVD!! Le mien est tout neuf, avec le sable, je ne voudrais pas qu'y soit niqué! ..... Donc vous vous appelez Annick Tamer… Annick Tamer, pyromane, mais ça sonne très bien ça! Bon ben j'ai le grand honneur de vous annoncer, que vous êtes élue pyromane de l'année, et voilà, l'affaire est close, veuillez m'embarquer ça, les gars, je vous retrouve au poste pour l'apéro, je dois passer à Décathlon, pour faire réparer notre salon gonflable, ah! Les vacances, le soleil comme j'ai hâte....ras le bol de ce crachin ! "
    Puis le procès eut lieu, et comme un pyromane sévissait sur la région depuis quelques temps, il fut interpellé et Annick relâchée. De ce jour Annick se jura d'anéantir tous les beaufs qu'elle croiserait sur sa route, d'abandonner la mise en plis, de balancer la putain de tour Eiffel sous la neige qui encombrait le dessus de la télé et puis de balancer la télé par la fenêtre de son appartement minable, et puis tiens, d’y foutre le feu et de disparaître.
    La télé alla s'éclater sur le trottoir et Annick vécut cet instant dans un quasi ralenti qui lui procura une sorte de jouissance. Elle disparu après avoir ouvert le gaz.
  Sa première destination:le camping des flots bleus à Beurk sur mer. Elle s'acheta une paire de jeans et fit couper ses cheveux très courts. Elle tendit le pouce et une voiture ne tarda pas à s'arrêter .A partir de là, elle s'inventa un passé. Lorsque le chauffeur lui demanda son nom, elle répondit:

    Eva Tfèrmètre , je suis née.au Ralbofkistan.
  La chance lui souriait, le chauffeur allait à Beurk/mer, voir la grande tante de sa demi soeur dont la voisine étant stérile avait adopté un garçon, Jarry Vtaleur, et qui, comme quoi il n'y a pas de hasard, se trouvait être le gérant du camping des flots bleus. Annick ou plutôt notre nouvelle Eva, jubilait. Le trajet étant assez long, il fallait à tout prix trouver un moyen de rencontrer ce Jarry. Eva ne fut pas longue à élaborer un stratagème.   
  Elle se tut, s'enfonça dans son siège, prit un air méga giga nostalgique, un de ces airs à la coker qui vient de se rendre compte que "la belle et le clochard" est une fiction!!! et là bingo:

    " vous n'avez pas l'air très en forme, mademoiselle!"
    "........"
    " vous n'avez peut-être pas envie d'en parler, je peux vous aider?"
    " C'est cette histoire d'adoption… j'ai dû mal à en parler et à la fois je me sens si seule"
    " Vous pouvez me faire confiance, vous savez"
    " Et après tout, vous avez raison, .... Je viens de la DASS, je n'ai connu ni mon père, ni ma mère, j'ai essayé de les retrouver, mais vous savez l'administration! La seule information que j'ai réussi à leur soutirer, c'est que j'ai un frère et c'est pour ça que je fais ce voyage, ça fait 5 ans que je le recherche, j'ai découvert qu'il habitait à Beurk sur mer, j'ai besoin de le retrouver pour enfin avoir une famille...., c'est pour ça, quand vous m'avez parlé de ce Jarry, j'ai cru,.. J’ai espéré que ce soit lui, mais comme je n'ai jamais de chance, vous savez.. Enfin.. On ne sait jamais"
Puis elle se tut, et fondit en sanglots, alors là Eva chapeau bas!!!!! Là !désolé mais le gars il craque, obligé, moi même en l'écrivant ma gorge se noue. Bon, il craque, il la rassure, et ce qu'elle attendait arriva:
    " Je ne peux pas vous laisser comme ça, moi j'ai la chance d'avoir une famille, et puis il faut s'entraider dans la vie, ma fille a votre âge, ma femme est adorable, et depuis le décès de la grand mère, nous avons une chambre de disponible, on va s'occuper de vous, et Jarry on le connaît
tellement bien, après tout on sait jamais !!!!"

   JE SUIS SÛRE QUE VOUS MOURREZ D'ENVIE DE CONNAÎTRE LA SUITE...
Après une petite pause

 

   EPISODE 3

 

 A la fin de l’épisode précédent, Eva était prisonnière des kurdes, dans un local étroit et sous une lumière blafarde.
Ce changement brutal de décor n’arrangeait en rien son affaire. Elle avait été si proche de son but : retrouver l’ignoble brigadier qui l’avait humiliée, et le réduire à l’état de ruminant.  Le camping des flots bleus et Beurk sur mer semblaient si loin à présent. Qu’était il arrivé pour qu’elle se retrouve en Afghanistan ? Elle n’en avait pas la moindre idée.  
Mais vous, valeureux lecteurs, allez être mis dans le secret, alors qu’Eva sombrait à nouveau dans le néant.

      Il se trouve que ce fameux brigadier de seconde zone, Jean Bonblan, avait en fait une double casquette : celle d’un brigadier sans envergure d’une part, et par ailleurs, c’était un agent secret très apprécié dans le milieu. Sentant qu’il avait affaire à une femme décidée à aller jusqu’au bout, il eût vite fait d’éloigner Eva, avant qu’elle ne découvre le pot aux roses.
    Nous retrouvons donc notre Eva, mais cette fois ci, elle se réveille toute habillée dans un lit aux draps collants. Elle ouvre brusquement ses yeux en se soulevant sur ses coudes. Elle est trempée de sueur et regarde autour d’elle.
    Un homme est couché près d’elle mais lui tourne le dos. Elle se lève tout doucement mais elle n’avait pas vu qu’au pied du lit il y avait une bassine pleine de vers dévorant des denrées indéfinissables mais visiblement en voie de décomposition. Trop tard, son pied droit est déjà dedans!
    C’est avec un haut le coeur qu’elle contourne le lit pour aller voir qui est cet homme. Elle plisse les yeux car elle est un peu presbyte. Elle pose la main sur sa bouche pour étouffer un cri de surprise. Cet homme est le même qui avait frappé à la porte de Jarry, le gérant du camping. C’est Bernard Ménez, celui là même qui offrait des godes à sa femme !!!
    Elle décide de comprendre, alors elle secoue Bernard comme un prunier, afin qu’il lui révèle ce qu’elle fout ici.
Bernard ouvre des yeux ahuris, la marque des draps lui striant les joues. Ses cheveux sont difformes et son haleine est si lourde qu’Eva est sur le point de défaillir.
 _ «  Mais putain, qu’est ce que je fous ici avec vous, c’est un vrai cauchemar cet épisode. »
    Au loin, on entend des cris de moutons et des coups de fusil. Eva jette un coup d’œil circulaire.
    La pièce est jonchée de détritus, de journaux, il y a même une carcasse de voiture, une tortue, un paquet de couches Confiance éventré, une vingtaine de  Doc. Marteens uniquement du pied gauche, une tête de zébu empaillée et trois moteurs de jeep en kit…………….

Une petite pause musicale avant la fin de ce feuilleton exaltant!


 

Tout a une fin, même LE FEUILLETON QUI FUT !
  - 4ème et dernier épisode-

    Nous avions laissé Eva, notre fragile héroïne, entre les griffes des Kurdes d'Afghanistan, tiraillée entre son rejet du boulet Bernard Menez et sa quête vengeresse du brigadier Jean Bonblan (voir épisodes précédents si vous ne voulez pas comprendre).

"Le camping des flots bleus" et Beurk sur mer semblaient si loin à présent", pensait-elle et tout ce qui pouvait l'en rapprocher serait le bienvenu, car elle sentait bien que c'était là que tout se résoudrait et que cette histoire connaîtrait son épilogue...
    Rien à attendre du vieil acteur aigri et gris.
  Eva décide donc de tenter sa chance seule, bravant ces farouches moudjahiddines aux puissants corps huilés par le soleil ; c'est par la ruse qu'elle s'y prend.
    Elle sort de sa chambre de captivité pour se retrouver dans une cour à demi ensoleillée, fermée de hauts murs d'albâtre et flanquée de quelques loches similaires au sien. D'une terrasse surplombant la baraque principale, un fier fédahine l'interpelle : "Vaou ? Palosse !" auquel elle répond de son plus beau décolleté et d'un vague "ragnagna...bobo...beurk".
    "Allah d'kwaboir ! first loch on de right !"
    Elle avait repéré ce bâtiment rose aux fenêtres plus travaillées que les autres. Une vraie maison de Barbie, qui se révèle être la maison de bains du lieu. Dans une ambiance de hammam, peinant presque à respirer, elle se dirige vers le mur du fond par où pénètre un carré de lumière. La fenêtre, constituée d'un cadre de métal encadrant trois barreaux fins, est enchâssée dans un mur de plâtre en mauvais état, ainsi qu'elle en avait pris note dans sa propre chambre (qui de plus était sale). Elle se met immédiatement à attaquer l'entourage à la brosse à cheveux. Elle n'a que le temps de découvrir un coin métallique avant que quelqu'un ne se saisisse de sa main à travers les barreaux...
    Dans sa surprise et sa blondeur, éclatante dans le rai de lumière qui semblait avoir été mis là par David Hamilton, elle laisse tomber la brosse à cheveux en plastique qui se brise au ralenti sur le carrelage usé et irrégulier du bloc sanitaire.
    C'est bien SON brigadier, Jean Bonblan, là, au coeur de l'Afghanistan tribale : elle est prise d'une agitation préalable au vomissement, en même tant que la stupeur retient sa bile au niveau de l'estomac... Il lui applique sa main libre sur la bouche, de peur de l'entendre crier par réflexe, et lui lance en un souffle :
    "Ne crains rien, petite, ton cauchemar est fini, je suis de la CIA...Je vais te sortir de là."
  Il la traîne presque sur les deux cents yards qui les séparent de l'hélicoptère habilement dissimulé derrière un buisson. Et le Sikorgsky Enterprize maquillé en camion de livraison de pizzas s'envole discrètement, comme si de rien n'était, emportant en son ventre les deux plus grands ennemis que Beurk sur mer ait eu à connaître !
  Et là, entre les fausses boîtes de tomate et le faux stock de pâte à pizza, devant une Eva nauséeuse, car atteinte du mal des transports en plus, il lui révèle tout ; elle n'avait même plus la force, ni la présence d'esprit, de ne pas écouter le scénario affreux qu'il allait lui raconter.
    A Beurk sur mer, centre d'entraînement des Services secrets, où Jarry était agent dormant, Bernard Menez avait été muté, suite à son échec dans la mission qui lui avait été assignée en 1965, à savoir infiltrer Hollywood. Il devait désormais veiller à l'expansion en Asie du Sud Est de la filière du gode français, une mission moins stratégique mais tout aussi délicate... Et là encore, il s'était lamentablement planté, c'est pourquoi le brigadier Bonblan, ainsi qu'on le nommait pour sa "couverture", avait été chargé de récupérer le coup.
    Il avait tout de suite repéré Eva, en qui il avait vu un bon argument de promotion. C'est ainsi qu'Eva avait été intelligemment associée au périple d'un VRP du gode vieillissant et désabusé, proche de la folie. Bernard, lui, oh, lui resterait croupir là, lui confessa Jean, il n'avait plus sa place en service actif. Avec un peu de chance il résoudrait peut-être la crise afghane avant de succomber à la cirrhose qui le menaçait. La CIA ne faisait plus de ponts aériens entre les différentes prisons qu'elle entretenait dans le monde, trop de pub.
    Eva et Jean Bonblan, quant à eux, rentraient couler des jours plus paisibles à Beurk, et ils rentraient ensembles... Elle avait finalement reconnu en lui son héro du quotidien, cet homme souvent en retrait mais toujours attentif à ses moindres désirs. Il avait en fait été son sauveur et il le resterait, elle s'en persuada tout de suite, même si le mensonge que le secret d'état avait imposé lui laissait un goût amer dans la bouche comme après une pipe mal faite. Restait aussi le sentiment de s'être révélée une précieuse protectrice des femmes : depuis son passage en Afghanistan, la femme s'était emparé du gode et n'allait plus lâcher le manche, s'émancipant ainsi de la toute-puissance masculine.
    C'en était ainsi bien fini de ce choc des civilisations que certains oiseaux de mauvaise augure rabachaient pour effrayer le populo !
    Sur la dune du camping des flots bleus, Eva sourit en contemplant le coucher de soleil qui projetait en ombre chinoise sur le sable l'image de leurs deux corps tendus l'un vers l'autre, tendus par ce désir de vivre pleinement et enfin libres.                                 

                                                        FIN

Publié dans CREATIONS de L'ASSO

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