EPISODE 3
A la fin de l’épisode précédent, Eva
était prisonnière des kurdes, dans un local étroit et sous une lumière blafarde.
Ce changement brutal de décor n’arrangeait en rien son affaire. Elle avait été si proche de son but : retrouver l’ignoble
brigadier qui l’avait humiliée, et le réduire à l’état de ruminant. Le camping des flots bleus et Beurk sur mer semblaient si loin à présent. Qu’était il arrivé pour qu’elle se
retrouve en Afghanistan ? Elle n’en avait pas la moindre idée.
Mais vous, valeureux lecteurs, allez être mis dans le secret, alors qu’Eva sombrait à nouveau dans le néant.
Il se trouve que ce fameux
brigadier de seconde zone, Jean Bonblan, avait en fait une double casquette : celle d’un brigadier sans envergure d’une part, et par ailleurs, c’était un agent secret très apprécié
dans le milieu. Sentant qu’il avait affaire à une femme décidée à aller jusqu’au bout, il eût vite fait d’éloigner Eva, avant qu’elle ne découvre le pot aux roses.
Nous retrouvons donc notre Eva, mais cette fois ci, elle se réveille toute habillée dans un lit aux draps collants. Elle ouvre
brusquement ses yeux en se soulevant sur ses coudes. Elle est trempée de sueur et regarde autour d’elle.
Un homme est couché près d’elle mais lui tourne le dos. Elle se lève tout doucement mais elle n’avait pas vu qu’au pied du lit il y avait
une bassine pleine de vers dévorant des denrées indéfinissables mais visiblement en voie de décomposition. Trop tard, son pied droit est déjà dedans!
C’est avec un haut le coeur qu’elle contourne le lit pour aller voir qui est cet homme. Elle plisse les yeux car elle est un peu
presbyte. Elle pose la main sur sa bouche pour étouffer un cri de surprise. Cet homme est le même qui avait frappé à la porte de Jarry, le gérant du camping. C’est Bernard Ménez, celui là
même qui offrait des godes à sa femme !!!
Elle décide de comprendre, alors elle secoue Bernard comme un prunier, afin qu’il lui révèle ce qu’elle fout ici.
Bernard ouvre des yeux ahuris, la marque des draps lui striant les joues. Ses cheveux sont difformes et son haleine est si lourde qu’Eva est sur le point de
défaillir.
_ « Mais putain, qu’est ce que je fous ici avec vous, c’est un vrai cauchemar cet épisode. »
Au loin, on entend des cris de moutons et des coups de fusil. Eva jette un coup d’œil circulaire.
La pièce est jonchée de détritus, de journaux, il y a même une carcasse de voiture, une tortue, un paquet de couches Confiance éventré,
une vingtaine de Doc. Marteens uniquement du pied gauche, une tête de zébu empaillée et trois moteurs de jeep en kit…………….
Une petite pause musicale avant la fin de ce feuilleton exaltant!
Tout a une fin, même LE FEUILLETON QUI FUT !
- 4ème et dernier épisode-
Nous avions laissé Eva, notre fragile héroïne, entre les griffes des Kurdes
d'Afghanistan, tiraillée entre son rejet du boulet Bernard Menez et sa quête vengeresse du brigadier Jean Bonblan (voir épisodes précédents si vous ne voulez pas comprendre).
"Le camping des flots bleus" et Beurk sur mer semblaient si loin à présent", pensait-elle et tout ce qui pouvait l'en rapprocher serait le bienvenu, car elle
sentait bien que c'était là que tout se résoudrait et que cette histoire connaîtrait son épilogue...
Rien à attendre du vieil acteur aigri et gris.
Eva décide donc de tenter sa chance seule, bravant ces farouches moudjahiddines aux puissants corps huilés par le soleil ; c'est par la ruse qu'elle s'y prend.
Elle sort de sa chambre de captivité pour se retrouver dans une cour à demi ensoleillée, fermée de hauts murs d'albâtre et flanquée de quelques loches similaires au sien.
D'une terrasse surplombant la baraque principale, un fier fédahine l'interpelle : "Vaou ? Palosse !" auquel elle répond de son plus beau décolleté et d'un vague
"ragnagna...bobo...beurk".
"Allah d'kwaboir ! first loch on de right !"
Elle avait repéré ce bâtiment rose aux fenêtres plus travaillées que les autres. Une vraie maison de Barbie, qui se révèle être la maison de bains du lieu. Dans une
ambiance de hammam, peinant presque à respirer, elle se dirige vers le mur du fond par où pénètre un carré de lumière. La fenêtre, constituée d'un cadre de métal encadrant trois barreaux
fins, est enchâssée dans un mur de plâtre en mauvais état, ainsi qu'elle en avait pris note dans sa propre chambre (qui de plus était sale). Elle se met immédiatement à attaquer l'entourage
à la brosse à cheveux. Elle n'a que le temps de découvrir un coin métallique avant que quelqu'un ne se saisisse de sa main à travers les barreaux...
Dans sa surprise et sa blondeur, éclatante dans le rai de lumière qui semblait avoir été mis là par David Hamilton, elle laisse tomber la brosse à cheveux en plastique
qui se brise au ralenti sur le carrelage usé et irrégulier du bloc sanitaire.
C'est bien SON brigadier, Jean Bonblan, là, au coeur de l'Afghanistan tribale : elle est prise d'une agitation préalable au vomissement, en même tant que la stupeur
retient sa bile au niveau de l'estomac... Il lui applique sa main libre sur la bouche, de peur de l'entendre crier par réflexe, et lui lance en un souffle :
"Ne crains rien, petite, ton cauchemar est fini, je suis de la CIA...Je vais te sortir de là."
Il la traîne presque sur les deux cents yards qui les séparent de l'hélicoptère habilement dissimulé derrière un buisson. Et le Sikorgsky Enterprize maquillé en camion de livraison
de pizzas s'envole discrètement, comme si de rien n'était, emportant en son ventre les deux plus grands ennemis que Beurk sur mer ait eu à connaître !
Et là, entre les fausses boîtes de tomate et le faux stock de pâte à pizza, devant une Eva nauséeuse, car atteinte du mal des transports en plus, il lui révèle tout ; elle n'avait
même plus la force, ni la présence d'esprit, de ne pas écouter le scénario affreux qu'il allait lui raconter.
A Beurk sur mer, centre d'entraînement des Services secrets, où Jarry était agent dormant, Bernard Menez avait été muté, suite à son échec dans la mission qui lui avait
été assignée en 1965, à savoir infiltrer Hollywood. Il devait désormais veiller à l'expansion en Asie du Sud Est de la filière du gode français, une mission moins stratégique mais tout
aussi délicate... Et là encore, il s'était lamentablement planté, c'est pourquoi le brigadier Bonblan, ainsi qu'on le nommait pour sa "couverture", avait été chargé de récupérer le
coup.
Il avait tout de suite repéré Eva, en qui il avait vu un bon argument de promotion. C'est ainsi qu'Eva avait été intelligemment associée au périple d'un VRP du gode
vieillissant et désabusé, proche de la folie. Bernard, lui, oh, lui resterait croupir là, lui confessa Jean, il n'avait plus sa place en service actif. Avec un peu de chance il résoudrait
peut-être la crise afghane avant de succomber à la cirrhose qui le menaçait. La CIA ne faisait plus de ponts aériens entre les différentes prisons qu'elle entretenait dans le monde, trop de
pub.
Eva et Jean Bonblan, quant à eux, rentraient couler des jours plus paisibles à Beurk, et ils rentraient ensembles... Elle avait finalement reconnu en lui son héro du
quotidien, cet homme souvent en retrait mais toujours attentif à ses moindres désirs. Il avait en fait été son sauveur et il le resterait, elle s'en persuada tout de suite, même si le
mensonge que le secret d'état avait imposé lui laissait un goût amer dans la bouche comme après une pipe mal faite. Restait aussi le sentiment de s'être révélée une précieuse protectrice
des femmes : depuis son passage en Afghanistan, la femme s'était emparé du gode et n'allait plus lâcher le manche, s'émancipant ainsi de la toute-puissance masculine.
C'en était ainsi bien fini de ce choc des civilisations que certains oiseaux de mauvaise augure rabachaient pour effrayer le populo !
Sur la dune du camping des flots bleus, Eva sourit en contemplant le coucher de soleil qui projetait en ombre chinoise sur le sable l'image de leurs deux corps tendus
l'un vers l'autre, tendus par ce désir de vivre pleinement et enfin
libres.
FIN
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